Les Jeux en poésie (partie 1)
En 1924, Paris accueille les Jeux olympiques d’été. Quelques mois plus tôt avait eu lieu à Chamonix, une « semaine internationale des sports d’hiver », rebaptisée après-coup, « Premiers Jeux olympiques d’hiver ». Un poète, ami de Cendrars et qui fit l’enthousiasme de Cocteau, Géo-Charles assiste en fervent spectateur à la manifestation parisienne. Quelques mois avant, il a suivi, de la capitale et par le biais de la presse, les prouesses qui se jouaient dans la neige de Chamonix… Et de ces Jeux de 1924, Géo-Charles livre un recueil d’une incroyable modernité :
La VIIIe Olympiade. Le parti pris est simple : une épreuve olympique = un poème.
Cent ans plus tard, Paris accueille les Jeux et un collectif de poètes se rassemblent pour marcher dans les pas de Géo-Charles sur l’invitation de l’association Ecrire le sport : faire des Jeux, des poèmes ! Ils et elles « couvriront » les Jeux autrement en proposant un « compte-rendu » poétique, sensible et subjectif écrit à plusieurs mains. Pour faire vivre les Jeux autrement. Pour garder trace, réécrire, retraduire, trans-scrire. Ces textes seront publiés au fil des épreuves sur cette page.
la médaille d'or de littérature de Géo-Charles
31 juillet 2024, Boxe, 8 èmes de finale, Robinson canapé,
À 20 km du lieu des épreuves
Par Sylvain Faurax
Quiconque chausse des gants devient mon héros.
Faute de place pour Villepinte et les qualifications,
Je me rabats sur le poste télé et sur mon salon.
Occupé par le fantôme crevant de sa grâce l’écran,
Je m’identifie peu à peu et supporte le coin bleu.
Alors je râle, je vibre et je crie au loin,
Conseillant comme s’il pouvait m’entendre,
Comme s’il pouvait en avoir besoin.
Protège-toi de son droit !
Une, deux et remise au foie.
Comme ça c’est bien, j’exulte !
Sans m’en rendre compte, voilà que je m’agite,
Serre les poings en plus du paquet de chips.
Je frappe à présent le poison du vide.
Jab, Jab, crochet, je pique et mime…
Sans esquiver aucune des passions qui m’animent,
Boxer par procuration et même en superposé,
Devenir le calque d’une meilleure version de moi.
À présent épuisé d’avoir été une ombre si fidèle,
Je célèbre notre succès à la bière un peu tiède.
À toi, le roi du ring, chevalier du tour d’après,
Rendez-vous en quarts pour une nouvelle rébellion.
*
31 juillet, Triathlon féminin, vue sur Paris à travers mon ordi
Par Virginie Larteau
Solitude avant le grand plongeon
dans la Seine
rendue enfin saine
Souvenir de m’être baignée
sur le fleuve et non dedans
lorsque j’étais encore enfant
Piscine Deligny, ma chérie
pourquoi as-tu donc coulée ?
Et les voilà seules
les unes à côté des autres
Seules au milieu du fleuve
Vue du ciel
leurs corps dessinent
comme un message
une phrase cryptée
au goût de liberté
un message qui ouvre
des lignes de baignade
des aujourd’hui dorés
dans Paris médaillé
Et les voilà, sur un vélo
Paris cyclo plutôt qu’auto
Sur les pavés
comme sur les quais
Dernier effort du triathlon
beau, grand, acclamons !
Paris réussi
Cassandre applaudie !
*
Le 31 juillet, à la piscine municipale
Par Julie Gaucher
Nager après Léon
hier à la piscine
léon sur la rétine
et mon corps enclume
ridicule
et mon corps en papillon moribond
rêvant d’embrasser le ciel
n’était plus qu’un cormoran frileux
séchant ses ailes lourdes
*
médaille de bronze de Clarisse Agbegnenou
qui tient sa fille Athéna dans les bras
Judo – France – 30 juillet 2024
(poème pour les jeunes lecteurs)
Par Françoise Lison-Leroy
Pas pleurer
maman Clarisse
tu n’es pas la première
mais je suis dans tes bras
à toi
la médaille de bronze
ronde comme tes larmes
on en fera une roue
pour mon premier vélo
une articulation
pour le cheval de Seine
un ballon de rugby
une auréole une étoile
un disque à lancer très loin
un anneau de basket
une bulle parfumée
pour toutes nos fêtes
ma maman Clarisse
toi tu sais que je t’aime
mieux que tout l’or du monde
*
Commentant lundi 29 juillet les images de la victoire de l’équipe de France féminine de
water-polo face à l’équipe d’Italie, ma cadette, en vacances là où il fait chaud, a précisé à sa
sœur : « C’est du water-polo dans l’eau ». Inspirés par ses mots, voici deux poèmes avec « du
water-polo dans l’eau ». 30 juillet 2024
Par Jean-Baptiste Verrier
Pédagogie
Au programme de ces Jeux audacieux
De l’équitation à cheval
Du football balle au pied
Du ping-pong sur une table
Et à 16h30 à ne pas manquer
Du water-polo dans l’eau
Avec tout ça des chances de médailles :
En aviron à la rame
En surf sur les vagues
En athlé course à pied
Mais priorité au direct
On a le choix tout de suite maintenant
Entre haltérophiles souleveurs d’haltères
Et joueurs de tennis avec des raquettes
C’est un choix cornélien
Comme dans les pièces de Pierre de Coubertin
*
Jeux d’eau
Du water-polo dans l’eau
Du kayak sur un cours d’eau
Du plongeon de tout en haut
Et pour moi du pédalo !
…
Il fait si chaud
Du 3000 steeple dans la rivière
Des chevaux pattes dans l’ ruisseau
Des descentes sur des vélos
Et pour moi des glaces à l’eau
…
Il fait si chaud pour les marmots
Du surf dans les rouleaux
Des bonnets d’ bain des maillots
Des régates pour hisser haut
Et pour moi un grand verre d’eau
…
Il fait si chaud d’vant les Jio.
*
30 juillet 2024 / Natation, 200 mètres papillon hommes et 100 mètres dos
femmes / Nice
Par Milène Tournier
J’ai regardé s’élancer les papillons
Dans le petit bar bleu.
Un peu plus bas dans la ville,
La mer ne faisait aucune course
Ou contre le ciel, et qu’elle avait déjà perdue.
L’écran était raide comme le fond d’une piscine. .
L’un a dit, c’était joli
« Des îles qui sortent et retournent au néant »
L’autre a dit, c’était réaliste, à propos du commentateur
« Il faut faire durer car ça dure 1 minute 53 »
Et l’autre, quand on est passé aux dossistes,
« Je ne connaissais pas le mot, dossiste »
Et une, modeste,
« Moi je ne sais déjà pas nager droit alors nager vite »
Et l’enfant assis se demandait
« Est-ce qu’on peut inventer d’autres nages ? »
Moi je regardais les cages thoraciques s’ouvrir
Entre les lignes et la faïence :
L’histoire du souffle,
Dans celle de l’eau.
*
Judo, 30 juillet, télé
Par Olivier Hervé
L'impression visuelle
n'est qu'une impression
la vérité
c'est celle du corps
de l'émotion
je pleure
devant ce judoka ouzbek
qui pleure
il a perdu en quart
ou en huitième
contre un Macédonien
sur décision de l'arbitre
son rêve s'effondre
la tête plongée
dans ses mains fatiguées
ses doigts abîmés
ses larmes de miel
implorent le ciel
mais elle pèsent au moins
un arc-en-sel
Il est incapable de marcher
sous le poids
de la tristesse
*
30 juillet, Ruines
Par Paul Fournel
Le judo, voie de la souplesse,
A perdu sa voie et sa souplesse.
Plus de voie, rien de souple,
Judo non-judo.
Agrippe et tire vers le bas
Le bas du judo
Bataille de kimonos
Sans judokas dedans.
Juste la force pour tuer le judo
Juste la vidéo pour tuer le judo.
Je sais tout de ton judo
Et je tue ton judo
Agrippe et tire vers le bas
Pour qu’il n’y ait plus de judo
Plus de voie plus de souplesse
Agrippe
Juste de la force
Pour tirer vers le bas
Et tuer le judo
Vieille voie
Vieille souplesse
Mort le judo.
*
Natation, 30 juillet 2024, loin du bord du bassin
Par Sébastien Bailly
Des bonnets
Ils ont des bonnets de bain
Elles ont des bonnets pareils
Le port du bonnet obligatoire ?
Mais peut-on parler de bain ?
Tous et toutes dans le même
Qui nagent leur tête hors de l’eau
Puis sous l’eau puis hors
Puis sous plus vite
On va plus vite sous l’eau
La tête dans le bonnet
Qui fend le flot
Une tête de torpille
Sous l’eau
Une tête de missile
Hors de l’eau
Mais rose ou jaune ou blanc ou vert ou bleu ou…
Les têtes sont de toutes les couleurs vives
Qui remplacent les cheveux
Ce n’est qu’après la course qu’on découvre
Les nattes ou la raie au milieu
Le blond le brun le chauve
Ils ont des bonnets de bain
Et c’est ainsi qu’on distingue le nageur
De la gymnaste ou du cavalier
Du kayakiste ou de l’escrimeuse
Jamais l’haltérophile
Ne portera de bonnet fuchsia
Quel que soit son poids
Mardi 30 juillet 2024
7h45 am, sur un banc de Pointe Croisette après le km nage matinal.
Par Patrick Joquel
Sous les yeux la mer et le journal l’Équipe.
37 participants aux jeux
sans pays
sans drapeau
seul ou seule avec son nom
son prénom
et son sport
avec ce désir de vivre et de jouer
plus haut que possible
plus loin
plus vite
plus libre que son pays d’origine
ce désir sans frontières
désir d’une Terre sans limite aucune
désir d’une vie simplement humaine
simplement
*
THE HOCKEY HORROR PICTURE SHOW
India – New Zealand
Stade Yves-du-Manoir, Colombes, 27 juillet 2024.
Par Nicolas Grenier
/// safran – blanc-vert – Akosha : gazon bleu synthétique
: autour de la Terre s’agitent des silhouettes ;
les jambes décampent de façon syntaxique,
dans la mousson d’été ; des casquettes girouettent.
balle-projectile sous la crosse extatique
: la tribune siffle, les lignes se pointillent ;
les tibias s’accrochent dans le champ erratique ;
entre les bâtiments, les drapeaux s’entortillent.
dans les bronches montent un filet de carbone ;
ciel graphite : flottent des nuages-trombones ;
lors d’un match de hockey, tout est scénographique.
au-dessus du clavier, le soleil de Colombes
plane… La surface s’apparente à un rhombe ;
fréquemment, on entend l’océan Pacifique///
*
Mardi 30 juillet 2024 – Dans mon canapé bleu
A propos du BEACH-VOLLEY féminin
Par Frédérique Leymonie
Comme à la plage
Corps magnifiés
bronzés
sculptés
Corps dénudés
galbés
dorés
Tenue homologuée
osée
controversée
Bikini assumé
L’intimité
non pervertie
pas d’effet
Le corps machine
force
de rappel
La mère
doit accepter
l’idée
Sport encadré
Le temps
pour s’habituer
bienvenu
La peau
de son bébé
à nu
Un tatouage
habit détourné
en continu
Femme libérée
*
Lundi 29 juillet 2024 – En voiture avec FranceInfo
JUDO -73Kg – une histoire de pesée
Par Frédérique Leymonie
Le combat interdit
une sélection à Paris
un honneur un pari
résultat d’un travail
d’un engagement
d’une vie
représenter son pays
sa famille et sa loi
une fierté personnelle
culturelle
à la fois
préparation répétition
compétition concentration
un serment des athlètes
une morale du sport
le respect de la règle
des autres
de soi
les valeurs du judo
exercées au quotidien
politesse contrôle
honneur respect
courage sincérité
modestie amitié
et puis renier tout ça
refuser le combat
technique du s sacrifice
appliquée sur le poids
la trêve de l’olympisme
parfois n’existe pas
que dire que penser
quand la politique
de la haine
vous impose vos choix
enquête diligentée
magie disqualifiée
et pour l’adversaire
un affront non levé
*
30 juillet, Centre Aquatique Olympique (CAO) Paris
Par Ludivine Joinnot
haut vol plate-forme 10 mètres
plongeon synchronisé homme
paré d’un capital sympathie xxl
Tom est pris sur le vif
finale dame du tremplin à 3 mètres
en fièvre des tribunes
c’est toute la grâce du geste inattendu
et la fibre et le fil
qui se font remarquer
au diagramme des rangs pairs
le Jersey se positionne s'aligne
se situe sur la carte
un carré une maille
torsades et jacquard sans tuto
concentration gestion du stress
pour une médaille d’argent
*
UN CHEVAL SUR L’EAU, 26 juillet 2024, Senlis, devant la cérémonie d’ouverture
de la 33e édition des Jeux olympiques modernes
Par Matthieu Limosino
C’est un cheval mécanique un automate, étalon métallique comme au temps des génies de l’horlogerie, des montgolfières quand on savait tirer des rouages des boulons et des vis savait faire ouvrage et œuvres d’art montrer talents et techniques, montrer les heures à pratiquer entrainements, matière à vie ici sur le fleuve visible à l’œil de chaque berge miracle d’Equus.
Il est alors galop blanc fantôme dans les flots noirs galop blanc suspendu fendant tel un Moïse de lumière fantôme et héritier des Jappeloup, des Ourasi des Pégase et Bucéphale fendant ici les flots de Seine, Sequana assurant spectacle l’arrivée du drapeau anneaux des cinq imaginé par Coubertin Pierre 1913, entrelacés et hissé ce soir à l’envers hissé, symbole de paix galop femme cavalière et l’esprit olympique qui se propage d’Est en Ouest et les colombes qui ouvrent leurs ailes de mille joies « invitant le monde à se réunir dans son sillage ».
Bien sûr il a plu ce soir-là mais Sequana est résistance elle n’est pas de celle que l’on tient par le mors tirant un peu plus la bride pour aller là où cavalier l’ordonne incurvation exercée, avec académisme entre passage et piaffer et certains airs au-dessus du sol.
Ici tout est au-dessus de l’eau comme affranchi du manège et de l’acheminement en toute liberté comme on monte à cru sur la croupe d’une jument zain comme on saute à pieds joints dans les flaques encore fraiches sans bottes et sans cravache comme le font les enfants qui ont oublié bien vite le « non » de leurs parents, pour préférer le son de l’eau qui s’écrase avec les pieds et gicle tout autour, de celui ou celle qui a sauté tel champion dans les rires et les cris premiers supporters entre envie et admiration.
Cette liberté qui, ici encore dans le galop d’un cheval de nuit nous saisit.
*
LOS ANGELES 1984
26 juillet 2024, en écho à la présence de Carl Lewis comme porteur de la flamme olympique lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris 2024
Par Matthieu Limosino
Je pense
Que mes premiers souvenirs olympiques
Remontent à 84
1984
Los Angeles
Comme dans un film de Carpenter
Le héros d'alors
Ne s'appelait pas Kurt Russell
Mais Carl Lewis
Qui courait vite
Très vite
Et sautait en longueur
Des médailles plein le cou
J'étais trop jeune pour Moscou
Et là encore
pour savoir la guerre froide, pour comprendre
La guerre froide
Pourquoi les Russes n'y étaient pas
Alors
que tous y étaient
Je ne me souviens pas non plus
De babouchka
De ce qu'elle
pensait, compatriotes rouges
Elle
Fille de cet Empire
blanc disparu
Je pense qu'elle avait applaudi
Devant
Son téléviseur Sony
Posé
dans la salle à manger
Peut-être même
Ai-je vu des épreuves à ses côtés
Du haut de mes huit ans
Était-il déjà couleur
Ce téléviseur
Lors des médailles de Carl Lewis
Los Angeles
84 ?
*
OÙ DONNER DE LA TÊTE ?
27 juillet 2024, première journée officielle des épreuves olympiques
Par Matthieu Limosino
Nous ne savons plus où donner de la tête nos écrans allumés de chaque côté du canapé pourpre tant les épreuves sont nombreuses et nous en vacances à Senlis nous ne voulons rien manquer : la déception de Shirine Boukli face à Tsunoda la japonaise bientôt parée d’or puis ce sourire un bronze de délivrance ; les deux morts subites d’Auriane Mallo-Breton la première la sauvant de l’ombre l’autre au métal d’argent ; le cliquetis des épées et des sabres les pas ordonnés des chevaux au dressage dans les jardins de Le Nôtre crinières tirées à quatre épingles ; les coups de rames dans les eaux-vives de Vaires-sur-Marne ; les larmes d’un grand gaillard fidjien pendant l’hymne national au goût de finale ; des Français à sept un brin d’arrogance mais une victoire en poche et d’autres poussifs contre une nation d’Afrique.
Et puis celles et ceux que l’on rate parce qu’on oublie parce qu’on est happé par d’autres disciplines, Roland-Garros sous la pluie les pédales métronomes d’Evenepoel et Brown les coups de poings à moins de 60 kilos, les coups de crosses les Jeux sur la plage et puis l’attente l’attente des vagues Teahupo’o, Tahiti notre samedi couchant y est déjà dimanche.
Nous aussi à la fin de cette journée épreuves terminées l’épuisement est là à son comble la nuque tortueuse. On espère que la nuit sera réparatrice sans rêve de médaille, ni rêve d’efforts.
Demain nous irons en forêt.
*
Lundi 29 juillet, entre deux tâches domestiques, Rouen
Par Olivier Hervé
Les JO
c'est le cardio du regard
un opéra
de plongeons
Il y a trop à voir
trop d'épreuves
trop de médailles
trop d'athlètes
le tir le skate
le break le kayak
des tricks des flips
des clips des leash
comment tout voir ?
tout embrasser ?
Un seul chemin
déjouer
le programme
pour débusquer
le feu
dans un geste
une image
un sourire
l'âme
d'un frémissement
un tremblement
une pluie
de pleurs
un cri
de joie
un battement
de foi
*
©Sébastien Bailly
Finale du sabre dame, 29 juillet 2024, depuis le salon
Par Sébastien Bailly
Deux dames au sabre
Nous touchent au cœur
La main gantée
Feintent parent et ripostent
D’assaut en assaut
Sur la longueur de la piste
Des étincelles dans les yeux
Sur le torse et les bras
C’est à peine effleuré
Mais suffit pour marquer
Fer contre fer
A l’une l’or l’autre d’argent
Se connaissent par cœur
Parade et contre-attaque
Les deux Françaises
Assurées du podium
Tombent le masque
Et s’embrassent
Elles ont gagné
*
29 juillet VTT Cross-country, derrière un écran, replay
Par Virginie Larteau
Dos courbé, de la terre et deux roues
Ascension
Envolée
Racines des arbres
depuis longtemps
installées
Vitesse, allégresse,
supersonique britannique
Et l'un des concurrents
pneu crevé, dépassé, fâché
La météo du jour
à Elancourt ?
Chaleur, torpeur
Soleil et ombre
Espoirs et pleurs
Puissance dans les mollets
Vaillance dans le mental
Racines du corps qui en veut encore
Le résultat du jour
à Elancourt ?
Sentiment mitigé
pour Victor
qui rêvait d'or
A tête reposée
la médaille d'argent
il l'aimera vraiment
©Sébastien Bailly
*
29 juillet 2024, Plongeon haut-vol, Saint-Denis
Par Sylvain Faurax
Tant de plongeons extrêmes depuis tours et falaises.
Tu as même joué les Tarzans dans un parc d’attractions.
Britannique d’origine et maintenant tricolore de cœur,
Assister à ta préparation a été pour moi un honneur.
La légende dit que Gary Hunt serait à moitié Oiseau.
Mais changer de discipline, c’est un peu repartir de zéro.
Alors être de ces jeux est un pari aussi sublime que fou,
La juste bizarrerie faisant l’étoffe des héros.
On est loin des 27 mètres de rigueur sur le circuit.
Rien de comparable avec le bassin en modèle réduit.
Cela impose d’autres contraintes, de tout réinventer.
Faut-il toujours se mettre en danger pour exister ?
Toi qui as perdu un ami trop tôt,
Tu as choisi pour l’occasion de concourir en duo.
On a beau dans les airs mettre le passé de côté,
On n’arrive pas avec rien au moment de vérité.
Sur la plateforme de Saint-Denis à 10 mètres,
Peu de temps pour se soumettre à la verticalité.
Fini les facéties faisant ta marque de fabrique.
L’instant est grave, tout bonnement olympique.
Rentrer dans sa bulle avec son partenaire.
Souffler encore une fois avant d’aller de concert.
C’est à l’unisson que doit être livré le récital,
Du piédestal, investir la maigre immensité.
Éviter maintenant les éclaboussures pour chercher l’or,
Quand la perfection te sert habituellement à éviter la mort.
Quelles que soient les conditions, l’interface est sans appel,
Elle rappelle nos imperfections, les embrasse tout entières.
Retour au sec. Six essais sont suffisants pour dire,
Que du ciel à l’eau, personne n’est invincible !
Nombreux sont les Olympiens là-haut admissibles,
Mais tous reviennent aux hommes en marchant.
En réalité, peu importe que tu n’aies pas gagné.
À n’en pas douter, de la demeure des Dieux,
Toi seul serais revenu autrement que par le sentier.
Je le sais, Gary, toi seul aurais eu le cran de plonger !
*
29 juillet – Tour Eiffel terrain central
Par Ludivine Joinnot
Tour Eiffel terrain central
au tour préliminaire
du sable de compet
pour tapisser la place
ça promet de belles joutes
dans les tournois de l’aire de jeux de la modernité
finesse du grain 500 microns
pour gagner en stabilité
blanc cassé confort visuel
le sable chauffe moins au soleil
ne brûle pas les pieds
et sous le cuir du ballon
les mains tendues vers le ciel
comme pour implorer la victoire
*
29 juillet – quelque part dans le regard
Par Ludivine Joinnot
ainsi surgiront les femmes
à l’ouverture des jeux
corps livrés aux luttes aux batailles
du stade à l’arène, le terrain de la vie
inventeront l’espace
où écrire leur nom
dans l’Histoire
en simple en double
un point un filet un rebond
hors de portée, les jeux d’avance
traverseront les siècles
*
29 juillet 2024, sur les plages de Cannes.
Sous le coude les journaux l’Équipe et le Monde.
Par Patrick Joquel
Luka Mkheidze
Je découvre ton itinéraire et ta fierté à l’occasion de ta médaille
ton émotion vibre en moi et je résonne à ta joie
tellement facile d’imaginer
journal en main
les heures d’entraînement
les préparations mentales
et l’hygiène de vie quotidienne
facile oui
tout en y comprenant si peu
l’article du journal l’Équipe permet de t’apercevoir
toi
être humain unique
homme avec en bandoulière un pays
la Géorgie quitté enfant sous la guerre
à treize ans on suit ses parents
on part
futur vertige
puis la Biélorussie
puis la Pologne
et toujours le judo avec un horizon champion
quel enfant n’a pas imaginé un podium ?
puis encore un autre la France
et la vie ado
et la précarité des réfugiés
mais avec toujours en filigrane le judo
judo un synonyme d’horizon
maintenant sous dossard et passeport France
après le bronze
une seconde olympique médaille
argent
je m’incline devant ton parcours
je m’incline devant toi
ton aventure m’élargit
et je respire à pleins poumons
un peu mieux et un peu plus la joie de notre planète
cette boule capable de créer la vie
et de nous mettre des larmes aux yeux
Luka Mkheidze je m’incline devant toi
*
Tous les invisibles
tous les artisans de l’ombre
tous les anonymes
vous les joueurs hors podium
je m’incline devant vous
*
À Léon Marchand
d’abord l’impulsion
l’envol
l’instant aérien
puis l’immersion
la coulée
l’accélération
qui de l’eau ou de ta peau accueille l’autre ?
caresse et combat
impossibles à partager
l’eau et ton corps
sous l’effort
unis
unisson
joie immense à glisser l’un contre l’autre
à se fondre
à s’unifier
être jusqu’au bout du geste
jusqu’au bout du souffle
au bout de l’effort
jusqu’à toucher le mur
et sourire en accord avec toute la Terre
*
tenir jusqu’au bout
esprit muscles et poumons
face au chronomaître
record olympique en vue
le mondial tu l’as déjà
*
Lundi 29 juillet 2024 - Souvenir d’un canapé vert en Auvergne-
Nostalgie des premiers Jeux
Par Frédérique Leymonie
1976
Chaleurs caniculaires
point de travail au champ
ni de jardin en journée
mon oncle
de sept ans mon aîné
avait obtenu d’allumer la télé
Je me souviens de la moiteur
de ma peau sur le velours
vert sapin du canapé
de ma grand-mère qui tricotait
depuis la laine feutrée
d’un pull devenu trop petit
de ma tante qui soupirait
comme seule une adolescente
en avait la capacité
Sur le bord du salon
tous les patins bien alignés
après la traversée gesticulée
d’un parquet bien trop ciré
de la salle à manger
endormie jusqu’à Noël
Au programme dans la lucarne
de la gymnastique
de quoi faire enrager mon oncle
devant ces minauderies
Il veut la boxe ou
l’haltérophilie
pas les justaucorps
la poutre ou les passages au sol
et c’est alors qu’elle apparaît
Nadia
sur cet agrès de torture
qu’on nomme barres asymétriques
dans une fluidité de mouvements
de jambes tendues et de perfection
Comment ça, la note de 1.0 !
C’est une erreur ! Une honte !
Il faut porter réclamation !
Les experts des jambes en l’air
vocifèrent dans le salon
Moi, c’est décidé,
je veux faire ça à la rentrée
Finie la danse à la barre
plié, tendu, plié, tendu
de toutes façons
je boudine un peu dans le tutu
Nadia
mon héroïne
ma petite fée
grâce à toi j’en ai bavé
pendant 7 ans j’ai essayé
magnésie
ampoules sur les mains
bleus sur les os du bassin
je suis tombée
Nadia
être championne
c’est pas pour moi
j’ai découvert la peur
du vide
monter sur les barres
était mon supplice
je ne regrette pas
le sport et moi, c’était pas ça.
*
28 juillet, épreuve de gymnastique – qualifications (poutre).
Devant la télé, dans un village auvergnat
Par Julie Gaucher
À Simone Biles
Simone tu nous envoles
tu nous vrilles
tu nous chevilles au corps
Simone tu nous culbutes
dans des rêves d’enfant
sur des praticables de gymnase de campagne
Simone tu nous vertiges
peur d’enfant sur la poutre
tu nous flageoles les jambes
tu nous tétanises les muscles
et dans un sourire
Simone
tu catapultes nos culs du canapé
on a encore huit ans
la boule au ventre
on tente
on passe
la roue sur la poutre
fierté
*
UN BÂTON ROUGE
24 juillet 2024, lors du premier match des Jeux olympiques
opposant l’Espagne et l’Ouzbékistan au Parc des Princes.
Par Matthieu Limosino
Il a tapé d’un bâton rouge d’un bâton rouge Presnel Kimpembe bâton rouge
sur le gazon des Princes, comme d’autres frappent trois coups au théâtre
appeler au silence appeler l’attention pour que les spectateurs les
supporters entrent dans le match ce premier match des Jeux Paris 2024.
Un bâton rouge des Ouzbeks et la Roja alors que la flamme marche court
dans les Hauts de la Seine deux jours encore, Seine Saint-Denis, avant Paris Paris-
capitale des semaines de parcours métropole et par-delà les voiles
histoire et colonies.
Un bâton rouge rien d’officiel et pourtant un bâton rouge et tout se lance et
tout est lancé, les ballons fusent ronds, ovales à Saint-Étienne, Nice et à Nantes
Stade de la Beaujoire, Vélodrome et Stade de France et déjà le monde s’affronte
dans l’arène, Australie-Samoa Argentine et Kenya, Fidji-Uruguay le Maroc
et l’Égypte l’Irak et l’Ukraine la tête ailleurs loin du fracas des bombes
des barres qui tremblent passes, tirs et drops passement de jambes et placages
mêlées, têtes et retournés.
Loin du fracas des bombes un bâton rouge pour que la trêve
commence !
*
Dimanche 28 juillet, VTT cross-country à Elancourt, radio
Par Olivier Hervé
Dame de fer
pour exploit olympique
Armée
de son vélo ailé
elle enfonce la terre
les adversaires
se faufile entre
les pierriers
avale
la pente les creux les bosses
fonce
vers la victoire
qui lui crie
elle est pour toi
ce soir
Avec son Pinarello
sa robe blanche
ses pneus crantés
et ses pleurs Pauline
cavalière d'argent
a décroché
tout l'or du monde
dans la campagne
francilienne
oui
une dame de fer
cross-country baby
*
Dimanche 28 juillet 2024 - Depuis mon canapé bleu en Auvergne-
VTT Cross-country – Colline d’Élancourt
Pauline FERRAND-PREVOT : Or olympique pour la française
Par Frédérique Leymonie
RECETTE D’UNE VICTOIRE
Ingrédients :
des années d’entraînement
des siècles d’abnégation
quelques titres de championne du monde
3 olympiades infructueuses
Pour le glaçage :
une concentration robotique
une détermination hors du commun
un mantra « Pas chuter-Pas crever »
Sur une colline d’Élancourt
tracez un parcours cross-country
avec dénivelé de plus de 100 m
Agrémentez 4,4 km de circuit
de rochers, rondins de bois
et virages serrés
Tamisez 36 concurrentes
en départ groupé
sur une étroite bande de terre
Ajustez le goulot d’étranglement
pour faire émerger la favorite
Pauline Ferrand-Prevot
Renouvelez l’étape 2
par 7 fois en augmentant
la distance entre PFP et ses poursuivantes
Chronométrez les écarts
jusqu’à l’obtention
d’une avance de 3 minutes
Mijotez 1h26 de technique
maitrisée, d’endurance
et de résistance
Bordez les contours
d’un public conquis
et bruyant
Admirez la précision chirurgicale
et la concentration mécanique
de la championne en devenir
Vérifiez au dernier obstacle
qu’il n’y a personne derrière
et soufflez pour écarter le mantra
Attention ! L’émotion vous submerge ;
sensation délicieuse
qui met un terme au glaçage
Avant de vous servir en or,
offrez quelques étreintes
et relâchez la pression
Enfin, une Marseillaise improvisée
vous fera patienter quelques instants.
C’est prêt ! Dégustez !
*
Dimanche 28 juillet, basket, Etats-Unis-Serbie, télé
Par Olivier Hervé
Ils ont tué
le game
Iron Man
Super Man
Aqua Man
A Villeneuve-d'Ascq
les Avengers
ont planté
26 points
à la Serbie
de Djokic
Du Curry épique
Du James romantique
Durant
quatre
quarts-temps
de grand basket
le panier
était plein
*
Remco
Cérémonie officielle du 26
juillet
et course cycliste contre la
montre du 27 juillet
(vainqueur : Remco
Evenepoel, Belgique)
Par Françoise Lison-Leroy
le drapeau se hisse à l’envers
il pleut sur Paris
sur la Seine
les artistes en flambées
rejoignent mille princes
leurs festins
et devoirs
la nuit s’éteint en douce
sur les eaux chamboulées
et demain dans les rues
un petit Belge à vélo
sera cavalier d’or
ses deux roues
flottent déjà
en haut du drapeau blanc
*
©Sébastien Bailly
28 juillet, en voiture, à la radio
Par Sébastien Bailly
À la radio on passe
De VTT (médaille d’or)
En fleuret en épée
Du volley au judo
Aller-retour
On revient où ça bouge
Pour ne rien rater
C’est tout presque en
Même temps
Les médailles s’enchaînent
Ou l’on se qualifie
D’un tour à l’autre
Ça parle fort et s’enthousiasme
Parfois se blesse
De carré de service en tatami
Jusqu’au panier de basket
Tous les pays et tous les sports
Espagne Moldavie
Kazakhstan France et Serbie
Du tennis et du kayak
On ne sait plus qui marque
Remonte enchaîne ou nage
De match en match
De combat en combat
De chrono en chrono
De manche en manche
De set en contre
Et l’on file au volley
Vite
Il se passe quelque chose
*
Qualifications de la gymnastique par équipe, dimanche 28 juillet, 10h55, passage aux barres
asymétriques de la jeune Lilia Cosman pour la Roumanie
Par Jean-Baptiste Verrier
Et pourtant tout était prêt
Flamme allumée
Drapeau hissé
Spectateurs concentrés
Parents levés
Équipières sur le côté
Justaucorps ajusté
(Ses étoiles brillaient de mille feux
Les trois liserés aux couleurs de mon pays
Resplendissaient)
Bras pour saluer
Jambes alignées
Orteils étirés
Figures une dernière fois visualisées
Je me suis élevée
J’ai commencé à tourner
Mais avant même
La première difficulté
Il n’y a que ma main
Qui a tremblé
Je suis retombée
Pas même de très haut
Pas même sur les fesses
Tout simplement sur mes pieds
J’ai recommencé :
Tout le monde pensait
Que je tremblerais encore et davantage désormais
Mais tout est passé
J’ai reçu une ovation
Pour oublier ma déception
Et j’ai gagné
Me l’avouerai-je ?
La médaille très spéciale
De leur respect
*
©Virginie Larteau
28 juillet, Marseille, Grâce aquatique, souvenir inoxydable
Par Virginie Larteau
Je ne sais pas de quel bois il est fait
ni le nom des personnes dont il est né
Je ne connais rien à la marine
aux termes techniques
aux interdits, superstitions
Aux milliers de personnes
sur la corniche, le vieux-port,
je ne me suis pas mêlée
à son arrivée
en parade,
en fanfare, feux d’artifices,
bouteilles plastiques abandonnées sur le quai,
cannettes marques sponsor arrimées au sol
Et pourtant je l’ai vu la beauté du Belem
sans la flamme, sans la foule
Juste un matin d’automne
à l'heure des essais,
répétition générale
des gestes, des manoeuvres
Quelques passants
dans leur journée, un bonheur,
fascinés comme moi,
par son extrême splendeur
Et oui, je l’ai vu quitter lentement
le port que la sardine d'autrefois
la maladroite
avait bouché
Avec une élégance de première catégorie,
un style à nul autre pareil,
champion de la grâce sur eau salée
*
27 juillet, séries de natation, Rouen
Par Olivier Hervé
Le crawl
milite pour le rêve
d'une nage libre
*
Samedi 27 juillet 2024 – Depuis mon canapé bleu en Auvergne-
JUDO – Arena Champ de Mars – Bronze Medal Contest -48 Kg
Par Frédérique Leymonie
Shirine BOUKLI
Le visage fermé
impassible
le regard fixé
sur le tatami
elle est campée
sur ses deux appuis
Nul ne peut dire
si tempête il y a
et si son nom
Shirine ! Shirine !
scandé par la foule
rythme son souffle
pour le combat
elle avance
d’abord le kumi kata
porte les attaques
les unes après les autres
ne fléchit pas
se repositionne
après chaque matté
le chronomètre
n’existe pas
Seul l’objectif
de la médaille
commande ses actions
enchaînées
L’adversaire espagnole
recule
refuse le combat
par deux fois
Quatre minutes déjà.
Voici le golden score
Shirine ne lâche rien
Shirine continue de creuser
Shirine s’enfonce dans le sol
pour faire corps avec la terre
son pays sa patrie
et arracher le waza ari
En une seconde
un immense sourire
irradie son visage
C’est fait !
La France a sa première médaille
Pour la team Boukli
en t-shirt blanc
trois rayures noires
elle a une autre saveur
elle est d’un métal plus précieux
un bonheur touché des doigts
celui qui rend fier et fort
celui qui fait dire : J’étais là !
Et pour Shirine : enfin ! Elle est pour moi
*
27 juillet, séries de natation, Rouen
Par Olivier Hervé
Suspendues entre ciel et mer
des femmes avions
embrassent le papillon
tendues vers la clameur
de la Défense Arena
Des oiseaux de feu
caressent l'eau
volent en surface
pour enflammer les joies
une nage calme et posée
entre les bouées rouges et blanches
bats des bras
jambes collées
Ô Marie W.
prends la vague
accélère
trouve la tienne
ne la lâche pas
cours vers ton rêve
en bleu blanc rouge
*
27 juillet 2024, qualifications au cheval d’arçons, Bercy
Par Sylvain Faurax
Sur l’agrès le centre de gravité
Où la volonté va jeter son ancre,
Et la chaire s’accrocher aux arçons,
Ces tronçons de bois zébrant le cuir,
Maigres jalons aux allures de bouée.
Les juges donnent enfin le départ.
Que tourne la toupie et cesse de souffler !
Vite, devenir de fer et de courage.
Et peu importe désormais les périostes décollés,
Les poignets en verre, les articulations démolies.
L’exercice débute, prompt à faire vivre,
Toute la passion requise pour cercler rond,
En cernant le périmètre de mille passages,
Folle balade sur le dos, tout le long de l’animal.
D’une croupe à l’autre, qu’il est beau ce cheval !
S’agripper aux dénivelés, ces sublimes hauteurs,
Mettant en valeur l’expertise du gymnaste.
Boucles infinies, Magyar et autres Stöckli,
Dansent sous la menace du moindre impact,
Ces tristes caresses privant des meilleures places.
Dans ce travail d’équilibre et d’artiste,
Agrégation de mille forces invisibles,
L’exécution est maîtrisée à ce point,
Que concernant la difficulté de l’ouvrage,
Nul ou presque ne se rend compte de rien.
Pourtant les lignes de ces jambes de titane,
Balancent des ciseaux comme si c’était des armes.
Et les contorsions malignes, calice des émotions,
Invoquent la faveur de forces partisanes,
Les douces magies de la proprioception.
Plus que quelques tours à ajouter au compteur,
Numéro de derviche ou rodéo amateur.
Empiler les cotations comme on bégaye les mots,
Et faire du support un sentier de guerre,
Un allié contre la pesanteur et ses cruels travers.
Tant de sacrifices pour moins d’une minute de tableau,
À faire du corps une aiguille sur un cadran si haut.
Tant d’efforts déployés pour quelques secondes à peine,
À donner à voir les tréfonds de soi-même,
À semer de son histoire sur le plateau de compétition.
Déjà faut-il conclure ce qu’il y avait à dire,
Enchaîner les Thomas et passer par l’envers,
Valser une dernière fois avant de revenir sur terre.
La promenade d’une vie n’ira pas plus loin,
Les bras au ciel même si l’aventure s’arrête là.
*
Samedi 27 juillet à 11h53, judo, Yildiz Salih/McKenzie Ashley, Rouen
Par Olivier Hervé
Le judo
aux J.O.
l'art
d'être à l'aise
à l'envers
une école
du déséquilibre
*
26 juillet, devant un poste de télévision, Courbevoie
Par Valentin Deudon
Stars argentées sur les plateaux télés
Mendiant sans gêne des invitations
On peut en rire ou en pleurer, ou y penser
Aux non-privilégiés, tous les sans-compétition
*
26 juillet, cérémonie d’ouverture, quelque part en France
Par Julie Gaucher
il a éteint la télé
sans préavis
d’un geste rageur
le regard noir
on lui ressasse depuis trop longtemps
que le woke c’est la fin du monde
la ruine de la civilisation
on lui répète
la théoridugenre danger
il a retenu la leçon
élève consciencieux
abreuvé de discours
d’éditorialistes réac
cnews c8 peuvent être fières de lui
il a éteint la télé
trop de woke
trop de barrières bousculées
trop d’inclusion
pour sa petite tête façonnée
à discriminer
il a éteint la télé
et chez moi l’écran bleu est resté allumé toute la nuit
les enfants ont dansé sur le catwalk
ils ont vu ils ont aimé
les corps tous les corps
et la fête de ces corps jaillie
et la fête que leur promettait
cette France dont on rêve
cette France dont on rêve
que l’on nous refuse depuis trop longtemps
Il serait temps pourtant
que le rêve de l’écran bleu
ce beau rêve olympique
devienne notre quotidien
notre France
*
26 juillet, Cérémonie d’ouverture, assis sur un pouf de paille tressée
Par Sébastien Bailly
On s’aime comme on est
Que veux-tu
On s’aime et c’est déjà pas mal
En bateau à cheval
On déclare sa flamme
D’eau et de lumière
On s’aime à s’envoler
On s’aime à galoper
On s’aime autant qu’on est
Que veux-tu
On s’aime bête et méchant
On s’aime en plume
On s’aime à barbe
On s’aime bleu
On s’aime nu
On s’aime sous des drapeaux
On s’aime main dans la main
On s’acrobate sous les ponts
On se lumière sous la pluie
On se fanfare et se danse
On se piano et s’imagine
On s’aime dans la nuit
Derrière les portes
Dans les galeries
On s’aime en secret
Et devant les tribunes
On se retrouve unis
On s’en moque un peu
On aimerait que ce soit toute la vie
C’est pour un soir
Une semaine
A peine plus d’un mois
On s’aime et c’est toujours ça de gagné
©Sébastien Bailly
*
26 juillet 2024 - 7h00 am. En voiture, entre Isola 2000 et Mouans-Sartoux ; écoute des infos France Inter
Quart de finale, rugby à 7. Un extrait du commentaire en direct, le dernier essai de Dupont
Par Patrick Joquel
Gratuité du geste
et la beauté des vainqueurs
palpable émotion
*
Mercredi 24 juillet 2024 – 16h30 – Depuis mon canapé bleu en Auvergne
RUGBY à 7 – Stade de France – France-USA
Par Frédérique Leymonie
Yeux rivés sur la pelouse
Les attentes sont fortes
Soixante-dix mille coeurs
S’emballent de joie
Muscles jambiers tétanisés
L’enjeu est tellement beau
Sept maillots bleus
Doivent s’affranchir de l’histoire
Qu’il est dur d’être libre
Dans ce Stade de France
De porter les couleurs
pendant sept longues minutes
Tous les regards sur toi
Antoine, sont un fardeau.
Ferme les yeux, respire.
Ce n’est que le commencement
*
26 juillet, cérémonie d'ouverture (à la télé), Mandelieu-la-Napoule.
Par Sébastien Thibault
Paris danse
sous une pluie de paillettes
et sur l'écran en rose et or
une Seine immense
ma fille me dit
papa que c'est beau
mais se trompe de pays
quand défilent les drapeaux
pendant ce temps
tu m'as écrit envoyé une photo
et ça me rend heureux c'est idiot
comme une cérémonie des JO
*
24 juillet, Quand Sasha Zhoya renonce à la jupe
Par Julie Gaucher
j’aurais aimé voir
la jupe de sasha zhoya
et leurs airs ébahis
et leurs sourires narquois
j’aurais aimé voir
un pied de nez en cotonnade
d’un coup de vent
si facilement
mettre un peu de poésie
un éclat de rire
comme une tulipe bleue
dans un parterre
de costumes guindés
et de protocoles réglés
*
24 juillet, 16h30, Depuis mon canapé bleu en Auvergne-
RUGBY à 7 – Stade de France – France-USA
Par Frédérique Leymonie
Yeux rivés sur la pelouse
Les attentes sont fortes
Soixante-dix mille coeurs
S’emballent de joie
Muscles jambiers tétanisés
L’enjeu est tellement beau
Sept maillots bleus
Doivent s’affranchir de l’histoire
Qu’il est dur d’être libre
Dans ce Stade de France
De porter les couleurs
pendant sept longues minutes
Tous les regards sur toi
Antoine, sont un fardeau.
Ferme les yeux, respire.
Ce n’est que le commencement
*
25 juillet, Côte normande, Rugby à 7, Fidji-France, 2e mi-temps
par Sébastien Bailly
Moins de 17
Égalité parfaite, changement de côté :
Les équipes de sept vont devoir s’accrocher
Les Français visent haut pour sortir de la poule
Au meilleur classement pour les quarts de finale.
Ils doivent ne pas perdre de plus de dix-sept points.
Ensuite, selon qu’ils gagnent, s’en sortent plus ou moins
Bien, alors ils courent sans fin après la balle.
C’est de l’arithmétique, cette sortie de poule
Les Fidjiens sont très forts (marquent contre la foule).
Voilà dix-neuf à cinq : il ne faut pas trembler
A l’ultime seconde, tout pourrait arriver.
Mais l’essai transformé, c’est Français cette fois.
Plus que dix-neuf à douze, le sifflet fait la loi.
Les Français sont deuxièmes. Ils la joueront plus cool.
*
21 juillet, bords de Seine
par Ludivine Joinnot
vers le pont, on récolte les images
on parcourt de faux bras
météo ensoleillée, flotte à vingt degrés
on s’immerge dans la Seine
bactéries et débit en baisse
on décrit les boucles de la rive
on se jette à l’eau
pour une centaine de mètres en crawl
c’est jour de rêve promesse à tenir
on est prêts on le fait !
on a modernisé les stations d’épuration
on a ramassé les plastiques
on court au plongeon on saute
on se mouille le maillot
on rassure on file à l’épreuve
on pénètre le fleuve
*
17 juillet, dans les ateliers d’ArcelorMittal
par Ludivine Joinnot
en trame de vie, l’acier
la torche, le chaudron et le Cœur
100 % made in France
100 % recyclé
empreinte carbone réduite
dans les usines, on sait y faire
on récupère, on fond, on coule au design
les lames sur les lignes, le trait fin
de la découpe au flanc
on achève la mise en forme
c’est l’anneau, tu dis, le plus important
les reflets sur le socle, le poids léger - alliage inox-alu
onze milles porteurs de flammes pour cinq continents
à chaud décapés-galvanisés, les métaux et les hommes
jusqu’à la course des flambeaux
le feu ne renvoie pas aux mythes
le feu est dans le corps
torche vive qui nous brûle
jusqu’à nous raviver
Comments