Entretien avec Sasha Beckermann, autrice de "Olympique Lyonnais : la révolution Michele Kang".
Le 9 juillet 2025, vers 16h, la presse annonce le sauvetage de l’Olympique Lyonnais et l’annulation de sa rétrogradation en ligue 2. La DNCG a accepté le nouveau plan de financement. Après trois années mouvementées sous la gouvernance de John Textor, qui aurait pu connaitre le même sort que les Girondins de Bordeaux sous Gérard Lopez, le calme est revenu. Ce sauvetage est un grand soulagement pour les supporters. Ils le doivent à Michele Kang, femme d’affaires discrète et peu connue avant son implication du rachat de l’équipe féminine de l’OL. Pour découvrir ce nouveau visage de la Ligue 1, nous avons rencontré la journaliste Sasha Beckermann, autrice de Olympique Lyonnais : la révolution Michele Kang chez Amphora.
Votre livre n’est pas une biographie classique, vous le présentez comme un manifeste. Pourquoi ?
Effectivement, je pense qu'il était important de raconter l'histoire de Michele Kang parce qu'elle est intéressante, mais surtout de montrer la pensée qui découle de ses investissements dans le sport et le message qu'elle veut faire passer. Quand elle dit : "Il faut payer ce produit à sa juste valeur, je veux que mes joueuses aient une valeur marchande, que les actionnaires paient leur place", ce n'est pas uniquement pour "gagner de l'argent". C'est pour dire "Je crois en ce produit, et si moi j'y crois, vous devez y croire" et dans ce système footballistique, ça passe par l'argent. Donc "manifeste" parce que je pense surtout que Michele Kang ne doit pas être la seule à penser de cette manière et à prendre le football pratiqué par les femmes comme un produit indépendant du football masculin.

Comment Michele Kang est-elle passée d’investisseuse dans le foot féminin à sauver l’Olympique Lyonnais du dépôt de bilan ?
Je ne peux pas tout dévoiler parce qu'il faut que vous lisiez le livre haha ! Mais je dirais que c'est un mélange entre son âme d'investisseuse qui y a vu un monument en péril, qui a cru en sa capacité à le redresser, et s'est dit qu'elle pourrait gagner de l'argent si le redressement se passait bien sur du moyen-terme (on n'y est pas encore). Ou au moins rembourser ses investissements initiaux dans le projet. Mais c'est aussi un devoir pour elle. Je pense qu'elle s'est attachée à tout l'écosystème lyonnais qu'il soit sportif ou pas et surtout, si OL Lyonnes et l'OL sont désormais deux clubs distincts, le premier a toujours besoin du deuxième : les joueuses d'OL Lyonnes jouent au Groupama Stadium et s'entraînent toujours au GOLTC en attendant d'avoir leur propre stade et centre d'entraînement. Essayer de sauver l'OL c'était aussi sauver son investissement premier et celui qui - je pense - comptait alors le plus pour elle : OL Lyonnes.
Michele Kang est à la tête de trois clubs : OL Lyonnes, Washington Spirit et London City Lionesses. Mais son engagement n’est pas forcément celui d’une philanthrope mais plutôt d’une investisseuse qui voit dans le sport au féminin, une possibilité de rentabilité, là où d'autres ont annoncé un gouffre financier. Sa vision est assez nouvelle.
Exactement. Michele Kang fait ce qu'on pourrait appeler du "seed capital" : elle plante les graines en investissant massivement en se disant que d'autres derrière elle suivraient. Si elle arrive à montrer que le système peut devenir rentable, elle aura réussi son pari. C'est déjà presque le cas au Washington Spirit qui a vu sa valorisation exploser depuis qu'elle est arrivée et qui - il me semble - est un club presque à l'équilibre. Ça prendra un peu plus de temps à Londres et Lyon. Après il y a des freins structurels assez importants comme l'absence de droits télé en France, etc. N'oublions pas que Michele Kang est une redoutable femme d'affaires et donc opportuniste (ce n'est pas un gros mot) : elle a vu une niche totalement sous-investie avec un potentiel dingue. Des études montrent que les revenus issus du sport féminin vont exploser (Deloitte). C'est un pari qui peut s'avérer extrêmement payant et qui va profiter à des centaines de joueuses : meilleures infrastructures, meilleure prise en charge de leurs particularités physiques, marketing etc.

Avec votre livre, on découvre le parcours et la méthode de cette femme mystérieuse. D’ailleurs, elle est absente des médias. Cela démontre-t-il sa manière de travailler ?
C'est globalement quelqu'un qui n'aime pas se mettre en avant et qui n'aime pas beaucoup l'exercice médiatique. C'est assez américain comme manière de gérer les choses, en France on a des présidents/propriétaires de club assez médiatiques, qui montent au front, qui s'expriment sur les réseaux sociaux... Aux USA, on voit très très peu les actionnaires de clubs. Ça lui permet de prendre de la hauteur et du recul et de se montrer que pour les annonces stratégiques (changement de nom pour OL Lyonnes, maintien de l'OL, rachat de l'OL etc.) Ça donne aussi beaucoup plus de poids à sa parole. C'est pour ça que je l'appelle la "maîtresse des horloges" dans le livre !
Sasha Beckermann, Olympique Lyonnais : la révolution Michele Kang, Amphora, 2026





















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