top of page

Entretien "Goals" avec Maxime Brigand

  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 heure

Longtemps, il était celui qui jouait le moins bien au foot ou qui était en surpoids. Il avait cette image du fou, cantonné à rester dans ses cages loin de ses coéquipiers. Mais depuis quelques années, le gardien de but de football est apparu en homme libre, au cœur du jeu, à la fois dernier défenseur et premier relanceur. Grâce à un travail sérieux et méticuleux mêlant archives, recherche scientifique et des entretiens avec des spécialistes du poste – Edwin Van der Sar, Petr Cech, Brice Samba et Joel Bats, et des gardiens dans d'autres sports collectifs, le livre GOALS de Maxime Brigand et Thierry Barnerat retrace l’évolution d’un poste encore peu exploré. Rencontre.



Maxime, pourquoi avoir voulu faire un livre sur les gardiens de but ?

J’ai toujours été passionné par les angles morts dans mon travail de journaliste et dans la littérature sportive, le poste de gardien n’avait que rarement été étudié en profondeur, du moins en France. Depuis que je suis journaliste, j’ai également souvent rencontré des gardiens et ça a toujours renforcé une forme de fascination pour le poste, sa complexité tactique, technique et psychologique. En décembre 2023, avec SO FOOT, on a également sorti un numéro spécial sur le poste et j’ai trouvé ça très riche. Quand j’ai proposé le projet à Marabout, ils ont tout de suite adhéré et tout a commencé comme ça.


Nous observons aujourd’hui que le gardien n’est plus enfermé dans sa « cage », mais il est un homme libre, il joue haut, il est passé de dernier défenseur à premier relanceur. Comment expliquez -vous cela ?

Cette évolution est explicable par deux facteurs. Le premier est l’évolution des règles : celle de 1992 sur l’interdiction pour le gardien de prendre à la main une passe en retrait, qui les a obligés à davantage travailler leur jeu au pied, du moins le contrôle de balle ; puis, celle de 2019, qui a autorisé les joueurs de champ à venir dans la surface pour aider les gardiens sur les six mètres. Dès lors, le six mètres est devenu une phase de jeu hyper riche, variée, avec des gardiens très impliqués et définitivement premier relanceur, ce qui ne leur a pas enlevé la responsabilité de premier défenseur – et ce qui fait toute la richesse et la complexité du poste. Le deuxième facteur est l’innovation de certains entraîneurs pour développer le poste et l’implication des gardiens : Pep Guardiola a été important, mais aussi Roberto De Zerbi, Tim Walter…


Quelle serait votre définition du poste aujourd’hui ?

Aujourd’hui, un gardien de but reste, et doit rester, avant tout un individu capable d’être fort sur sa ligne, d’être décisif, mais doit aussi être en mesure de jouer des deux pieds, d’être un 11e joueur de champ lors des phases de possession, pour pouvoir proposer ce que Pierre Sage appelle justement dans le livre une “triple alternative” : sortir court, sortir mi-long, sortir long. Pour moi, le “bon” gardien est le gardien juste, qui ne force pas une passe pour le spectacle, mais respecte les situations de jeu, sait s’adapter. C’est aussi un gardien capable de surmonter l’erreur, de rester focus, et, au très haut niveau, de sortir l’arrêt décisif sur la seule situation qu’il aura potentiellement à gérer. C’est mathématique : plus une équipe est forte, plus elle contrôle, moins elle concède d’occasions, mais c’est là où le gardien est aussi vital. Être très fort sur peu de sollicitations.




Quels sont les gardiens qui ont révolutionné le poste ?

Il y en a beaucoup, de différentes manières : Lev Yachine, Sepp Maier, Fabien Barthez, Edwin van der Sar, Manuel Neuer, Ederson. Pour différentes raisons. Aujourd’hui encore, personnellement, et depuis le début de sa carrière, le gardien que j’apprécie le plus regarder est Manuel Neuer car avec lui, il y a toujours un moment, à chaque rencontre, où l’on est surpris. Et c’est aussi ça le foot : la surprise.


Est-il encore amené à évoluer ?

Très bonne question, et difficile à dire. Ce que l’on peut dire, c’est que l’Histoire a montré que toutes les évolutions du poste se sont faites en lien à des évolutions des règles. Donc si il y a une modification des règles, les gardiens, toujours de plus en plus contraints dans leurs droits par les règles, devront s’adapter et le poste évoluera.

Vous avez également interviewé des gardiens dans d’autres sports collectifs (waterpolo, handball, hockey). Pourquoi ?

Car même si ce sont des sports collectifs différents, il y a un lien commun dans l’idée de défendre une zone, une cage, et je voulais voir comment c’était vécu dans différents sports. Et je n’ai pas été déçu.


Camus, Nabokov, Montherlant… de nombreux écrivains ont joué gardien de but. Pourquoi ?

Là-aussi, bonne question. Il existe cette croyance, en tout cas, que le poste de gardien ait le poste qui attire le plus les “intellectuels” et je crois que c’est assez vrai. Maintenant, pourquoi ? Dans Mort à Crédit, Céline utilise Ferdinand Bardamu pour dire qu’être gardien “lui permet de réfléchir”. Nabokov dit plus ou moins la même chose. Il y a aussi l’idée que certains ont occupé ce poste car ils avaient une condition physique délicate : Montherlant a été blessé à la jambe pendant la guerre, le Che était asthmatique, Camus était tuberculeux… En tout cas, ce que l’on peut dire est que les intellectuels et les gardiens ont le goût de l’isolation du groupe, de la position qui permet d’observer, analyser. On dit souvent que les gardiens sont des gens à part. Les artistes sont aussi de ce moule-là. Mais tout ça vaut ce que ça vaut.


Maxime Brigand et Thierry Barnerat, GOALS, Marabout, 2026.

Commentaires


Posts Récents
Archives
Rechercher par Tags
bottom of page