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À l’assaut du ciel : entretien avec Julie Gaucher

  • Photo du rédacteur: Ecrire le sport
    Ecrire le sport
  • 22 déc. 2025
  • 4 min de lecture

A l'été 2024, Julie Gaucher, aidée par Valentin Deudon et Olivier Hervé, a eu l'idée de proposer à des poètes francophones d'écrire sur les jeux olympiques de Paris, comme un clin d’œil à l’œuvre du poète Géo Charles en 1924. D'abord visible sur notre site Ecrire le sport sous le titre Les Jeux en poésie, une sélection de ces poèmes est aujourd'hui disponible dans le recueil A l'assaut du ciel, aux éditions L'Appeau 'Strophe. L'occasion pour Julie Gaucher de revenir sur ce projet original.



Julie, comment est né ce projet de recueil Paris 2024 en poésie ?

Lors de mon travail de doctorat, j’ai découvert VIIIe Olympiade de Géo Charles (1928) et j’avais été saisie par la modernité de cette œuvre. À un moment où peu de voix poétiques s’intéressent au sport (où alors le font dans un style néo-parnassien souvent indigeste), Géo Charles consacre un recueil poétique d’une incroyable modernité aux Jeux olympiques de 1924, qui ont alors lieu à Paris.

La démarche de Géo Charles est pour le moins originale : à chaque finale, un poème, dédicacé au(x) vainqueur(s) de l’épreuve. Si Géo-Charles vit les Jeux de Chamonix (1924) à travers les journaux, pendant les Jeux de Paris, le poète fréquente le stade de Colombes, la piscine des Tourelles et autres sites olympiques. Son expérience sportive (il est notamment marcheur) lui permet de porter un œil souvent juste sur les épreuves, et de faire venir des images nouvelles, dans des vers libres au rythme dynamique qui semblent suivre le tempo des épreuves. Sa plume s’attarde sur les champions et les (quelques) championnes, les spectateurs, l’architecture d’acier et de béton de Colombes, le bassin des Tourelles et son eau verte, pareille à une « pelouse d’émeraude », la magie du haut-parleur… Bref, il nous offre un regard neuf sur les Jeux de Paris 1924, loin des formules attendues et répétées, aux images parfois usées, du discours journalistique.

Aussi, comme un clin d’œil à l’œuvre de Géo-Charles, j’ai eu envie de rééditer cette aventure poétique pour les Jeux de Paris 2024. Parce que j’aime travailler en équipe, je voulais vivre cette aventure collectivement, en rassemblant un groupe de poètes pour dire, traduire, transcrire les Jeux autrement. J’ai d’abord soumis l’idée aux copains poètes d’Écrire le sport, Valentin Deudon et Olivier Hervé. Face à leur enthousiasme, leurs idées pour enrichir le projet, nous nous sommes lancés dans l’aventure…

Les poèmes ont d’abord été publiés sur le blog de l’association Écrire le sport, quotidiennement, pendant les épreuves olympiques et paralympiques de 2024. Le recueil À l’assaut du ciel. Paris 2024 en poésie rassemble une sélection de certains de ces textes.


Il y a 29 poètes. Comment s’est faite la sélection ?

Il s’agit d’abord d’une belle équipe d’amis et de sympathies de plumes. Valentin, Olivier et moi-même avons rassemblé dans ce projet des poètes dont nous aimions les textes, des plumes qui nous touchaient ou dont nous connaissions la sensibilité pour l’écriture du sport. Nous les avons contacté pour leur soumettre notre projet et nous avons reçu de leur part un accueil enthousiaste… Je ne parlerai donc pas de « sélection » mais bien plutôt de proximité et de sensibilité de plume. Dans le monde de l’écriture, les projets collectifs ne sont pas si nombreux et nous rassembler nous a permis de créer une dynamique d’échanges, voire de rencontres. Les profils des poètes qui ont participé au projet sont pour autant très différents : poètes et poétesses, français et belges, jeunes et moins jeunes, sportifs ou spectateurs, amoureux ou critiques par rapport aux Jeux olympiques… Certains ont vécu les Jeux de leur canapé, d’autres se sont rendu au stade. Mais tous ont écrit à partir des images et des émotions ressenties lors de Paris 2024.



Le regard du poète est-il différent de celui du journaliste ? Que peut-il apporter sur un événement sportif ?

Les discours qui ont accompagné Paris 2024 ont été extrêmement nombreux : on a chiffré l’exploit, décrit les prouesses ; les journalistes ont analysé les techniques, expliqué les actions de jeu, parfois même raconté les parcours de vie des olympiens. L’enjeu de l’écriture poétique est de traduire autrement l’événement, en livrant un autre regard, sensible et subjectif sur les Jeux. Le rôle de la poésie n’est pas informatif. Elle n’a pas pour fonction de « raconter » l’événement, mais bien plutôt d’en livrer des impressions, des sensations, des images parfois fugaces, inattendues. Jean-Pierre Siméon ne s’y est pas trompé puisqu’il considère, dans la préface du recueil, que « si la poésie peut parler de tout, c’est pour en dire ce qu’on n’en dit pas habituellement » : « sa fonction est de considérer tout fait humain pour en révéler la part de sens illégitime, imprévue, voire interdite ou dérangeante »…


Il se compose de 35 poèmes. Que va-t-on retrouver comme figure, comme évènement ou au contraire comme texte hors terrain ?

Bien sûr, championnes et champions ont marqué les spectateurs des Jeux et avec eux, les poètes du collectif : je pense notamment à Simone Biles, Léon Marchand, Armand Duplantis ou Teddy Riner qui ont inspiré Marie Claes, Louis Chevaillier ou Frédérique Germanaud. D’autres poètes se sont aussi intéressés aux figures de perdants, de la B-Girls afganne disqualifiée, Manizha Talash, aux malheureux judoka japonais (Uta Abe et Tatsura Saito) au sujet desquels Olivier Hervé concède, « on ne montre pas assez/ les pleurs, les drames / la fin des épreuves /quand tout l’investissement /est réduit à néant ».

La poésie permet aussi de montrer tout ce que les caméras n’ont pas filmé : les mères des olympiens, certaines absentes des stades, dont Françoise Lison-Leroy tend à deviner l’angoisse ; les souvenirs d’enfance aussi que fait ressurgir l’événement sportif…


Y’a-t-il des poèmes sur les paralympiques ?

Bien sûr ! et cela était essentiel dès le début du projet : si notre démarche se voulait porteuse de sens, elle devait s’intéresser à l’ensemble de l’événement, Jeux olympiques et paralympiques compris. Les derniers textes ont donc été publiés sur le blog au lendemain de la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques.

Plusieurs poèmes dans le recueil sont consacrés aux Jeux paralympiques à l’exemple de ceux de Paul Fournel, Valentin Deudon, Pierre Trouiller ou Sébastien Bailly.



Pour commander le recueil (14e + 3e de frais) : envoyer un mail à ecrirelesport@gmail.com

 
 
 

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