top of page

Entretien avec Thomas Goubin : "Depuis l'arrivée de Luis Enrique au PSG, j’ai trouvé assez fascinante sa manière de faire évoluer le club".

  • il y a 1 heure
  • 4 min de lecture

Luis Enrique est entré dans la légende du PSG et du sport français le 31 mai 2025 lors de la victoire écrasante du PSG 5-0 contre l’Inter Milan. Il est un des rares entraineurs à avoir gagné la ligue des champions avec deux clubs différents. Il rejoint ainsi Pep Guardiola, Carlo Ancelotti et José Mourinho. Depuis le 30 mai dernier, il a même doublé la mise. Il n’était donc pas étonnant de voir une biographe paraître sur cet homme très médiatique, que finalement nous ne connaissons pas bien. Rencontre avec Thomas Goubin, auteur de Luis Enrique, l'acharné (Hugo sport).


Pourquoi avez-vous choisi d’écrire sur Luis Enrique ?

Depuis son arrivée au PSG, j’ai trouvé assez fascinante sa manière de faire évoluer le club, mais je me suis aussi rendu compte que j’en connaissais sans doute moins sur lui que sur d’autres grands coachs contemporains, comme Guardiola, Ancelotti ou Klopp. Suite à la première victoire en Ligue des champions, j’ai donc fait quelques recherches préliminaires qui m’ont convaincues qu’il y avait encore beaucoup à dire et à apprendre sur Enrique, et j’ai contacté Hugo éditions, qui a été partant.


Partout où il passe (Celta Vigo, Real Madrid, Barcelone, Roma, PSG), il a la volonté de recréer cette ambiance de Gijón, la ville de son enfance. Pourquoi ?

Sans doute parce qu’il porte ça en lui, mais aussi car il sait que la cohésion d’un vestiaire, et un fonctionnement plutôt horizontal en son sein, ne peut qu’être bénéfique pour ses équipes. Le Sporting Gijón était avant tout composé de joueurs de sa région, les Asturies, ce qu’il ne peut évidemment pas reproduire dans un football post-Bosman, mais malgré tout, il parvient à convaincre ses joueurs de rester fidèle à une idée et de tout donner pour elle.


Depuis la victoire contre l’Inter, les relations avec la presse semblent moins tendues, la conférence de presse ne semble plus être un ring de boxe. Est-ce notre regard et celui de la presse qui a changé ou a-t-il un peu évolué sur ce sujet ?

Je pense qu’il s’agit plutôt de notre regard, même si je n’ai assisté qu’à une conférence de presse, cette saison. Pour ce que j’en vois, il peut toujours être aussi cassant ou piquant. Et il est parfois aussi plutôt facétieux, mais peut-être que le public français s’en rend aussi davantage compte, car il s’exprime désormais dans notre langue. Une barrière est tombée.

Il fait partie des coachs qui préfère créer et construire que reproduire. En quelques mots, pouvez-vous revenir sur les grands principes de Luis Enrique et de son staff ? S’il a pu évoluer avec le temps, Enrique a toujours conçu le football à partir de la possession du ballon. Il veut que son équipe fasse tout pour l’accaparer, ce qui se traduit par un contre-pressing agressif, mais aussi par une organisation géométrique avec le ballon, afin d’imposer de grands temps de possession. Il apprécie aussi que ses joueurs soient polyvalents, puissent interpréter différents rôles, et il est parvenu avec le PSG à pousser cette logique jusqu’à des limites insoupçonnées.




On l’imagine lire des écrits tactiques, pourtant vous indiquez qu’il aime les écrits stoïciens, une aide précieuse pour son métier mais aussi dans sa vie personnelle.

Oui, le stoïcisme lui a sans doute permis d’affronter la grande tragédie de sa vie, la mort de sa fille, Xana, en préférant se concentrer sur les bons moments vécus à ses côtés, plutôt que sur sa disparition. Les stoïciens préconisent de se concentrer uniquement sur ce que l’on peut contrôler. Cela se traduit aussi sur le terrain, où on perçoit que son PSG a cette capacité à rester dans l’instant présent, à ne pas se laisser perturber par les vents contraires ou par les vieux fantômes (les éliminations répétées en LDC, par exemple).


Il s’inspire aussi de la science comme la théorie des systèmes dynamiques. Pouvez-vous revenir sur ce principe et comment est-il appliqué au football ?

Cette théorie a été importé dans sa méthodologie par son adjoint, Rafel Pol. Pendant ces études universitaires, ce dernier a été captivé par cette théorie, et la manière dont elle résonnait avec le fonctionnement d’une équipe de football. Pour lui, « l’humain est un système complexe et instable, un système qui change d’état à partir de situations de déséquilibre qu’il accumule pendant son expérience de vie ». Il en découle qu’Enrique apprend surtout à ses joueurs à lire et à s’adapter à des situations perpétuellement mouvantes.



Valdano décrit le PSG « comme une équipe d’auteur ».  Que veut-il dire ? 

C’est une terminologie utilisée en Espagne depuis une bonne décennie, je crois. Le Barça de Guardiola a peut-être été le premier à être désigné ainsi. L’expression désigne, en général, des équipes qui pratiquent un football cérébral, avec une dimension esthétique certaines et qui parviennent à exprimer les idées complexes, ou hors des sentiers battus, de leurs entraîneurs. 


Il y a quelques années, vous aviez consacré un livre à Marcelo Bielsa. Voyez-vous des éléments communs entre ces deux entraineurs au style bien défini ?

Oui, leur force de travail, leur passion qui les fait s’investir corps et âmes dans leur profession, leur goût pour un football protagoniste, pour la polyvalence aussi. Et un certain hermétisme.



Propos recueillis par Julien Legalle


Thomas Goubin, Luis Enrique, l'acharné, Hugo Sport, 2026.

Commentaires


Posts Récents
Archives
Rechercher par Tags
bottom of page