top of page

Entretien total futbol avec Rémi Belot

La culture footballistique sud américaine séduit de plus en plus les français, en atteste les nombreux projets éditoriaux ou sites spécialisés (Lucarne opposée ) qui rayonnent sur les réseaux sociaux et sites en ligne. Nous allons essayer de comprendre ce phénomène avec le journaliste Rémi Bélot, auteur du beau livre "Total Futbol : voyage au cœur d'une passion latino" paru aux éditions Les Cahiers du football. Attachez vos ceintures, nous partons pour un road trip à la fois culinaire, artistique et total football.


Pourquoi avez-vous écrit ce livre ? J'aime le foot, la junk food et le street art : ce sont un peu les trois mamelles de l'Amérique latine! Blague à part, j'y ai beaucoup voyagé et j'ai aussi vécu six mois dans le centre de la Bolivie. J'ai été assez frappé par la façon dont les gens vivent le football, de manière « totale » : il est présent vraiment partout dans la société. Je me suis dit qu'il y avait là un vrai sujet journalistique, et aussi une réel travail photo à imaginer: l'esthétique est folle, avec des vieux stades qui ont une identité très marquée, il y a des couleurs, une ambiance...


Des stades anciens au cœur des villes, un puesto au bord du stade, pas encore de gentrification des tribunes, un supporterisme endiablé et un jeu enflammé, des graffitis sur les murs… est-ce cela le foot Sud-américain ? Oui, il y a encore une approche « à l'ancienne » en Amérique latine, très loin de l'univers aseptisé qu'on a créé un peu partout en Europe. Il reste assez peu de stades qui ont un cachet sur le vieux continent. Peut-être encore quelques-uns en Espagne (le Sanchez-Pizjuan de Séville par exemple) ou la Meinau en France, qui a évité les rénovations de 1998 et conserve le charme du siècle précédent.


La culture foot sud-américaine séduit beaucoup d’européens. Il y a une augmentation de livres sur le foot et des sites spécialisés. Est-ce ce côté encore populaire qui plait ? Je crois que ce qui plaît c'est d'abord le mythe véhiculé par le foot latino. Les plus grandes légendes de l'histoire sont pour beaucoup argentines ou brésiliennes , et c'est aussi une terre d'excès, qui a vu naître un grand nombre de personnages romanesques : Maradona évidemment, mais on peut aussi citer Socrates, Higuita, Hugo Sanchez ou encore Chilavert... Chacun dans leur style apporte soit une touche de folie soit une touche d'excentricité au jeu. Un entraîneur comme Bielsa rentre aussi dans cette catégorie. Ce sont de vrais personnages, qui pourraient tous faire l'objet d'un biopic ou d'une série télé. Il y a clairement un côté clairement plus sage, plus compétitif, en Europe.



Vous avez sélectionné les principaux stades des pays. Avez-vous un club et un stade préféré ? Si oui, pourquoi ? Mes stades préférés sont les stades argentins, parce que l'ambiance qu'on y trouve est probablement unique au monde. Les Argentins ont un talent particulier pour créer de véritables chants de supporters. Pas juste des refrains et des rimes faciles, mais de vraies chansons, adaptées de hits de la pop latino, du reggaeton ou de la cumbia. Je rêverais que des ultras aient cette créativité en France. Ceux de Caen avaient récemment repris une chanson d'Orelsan en tribune, c'était très cool d'autant que c'est un son plein d'autodérision. Mais ce serait encore plus fort d'en créer un de toutes pièces, en écrivant des paroles un peu drôles, un peu incisives, comme savent le faire les Argentins et parfois les Anglais. Après si je devais choisir un seul stade, comme j'aime aussi les beaux monuments, je dirais le Cilindro, le stade de Racing à Avellaneda, dans les faubourgs sud de Buenos Aires. Comme son nom l'indique il est parfaitement rond, avec deux anneaux posés l'un sur l'autre : magnifique. Et niveau bruit, c'est sans doute ce que j'ai entendu de plus puissant en Amérique latine, et peut être dans le monde. Moins connu que la Bombonera mais tout aussi respectable.


C’est aussi un livre culinaire ! quel plat nous conseillez-vous ? Je suis un grand fan de junk food, donc je conseillerais de tout essayer ! Mais le meilleur plat que j'ai goûté, c'est probablement la lechona du stade du Campin à Bogota, en Colombie. C'est à la fois ultra fondant, avec une chair vraiment tendre, et croquant parce que c'est servi avec un petit bout de peau de cochon grillé. On est assez loin des plats standardisés qu'on nous sert dans les stades européens ! En revanche, il ne faut clairement pas être végan ou végérarien dans ces pays... Mais au-delà de ce qu'on mange, le vrai plaisir c'est l'échange autour du stade, le fait de concevoir l'avant-match comme une fête, au même titre que le match lui-même.


Les femmes sont très présentes dans les tribunes, atteignant la quasi parité au Brésil dites-vous. Comment expliquez-vous cette différence avec l’Europe ? Parce que le football n'est pas qu'un sport mais un fait de société en Amérique latine. Omar Da Fonseca, qui a préfacé le livre, explique par exemple que les clubs sont des entités sociales à part entière, ils accueillent les enfants dès le plus âge pour des activités de loisirs. Ça forge probablement ce sentiment d'appartenance, quel que soit le sexe. Au-delà de ça, le stade est un lieu de fête et de spectacle comme un autre, dans lequel tout le monde est le bienvenu.


Dans l’intro, vous faites référence à la candidature de 4 pays pour le mondial 2030. Est-ce souhaitable ? D'un point de vue symbolique, totalement, car ce sera le centenaire de la première Coupe du monde qui avait eu lieu en Uruguay en 1930. Ce serait un beau geste, surtout avec une finale dans le même Centenario à Montevideo. D'un point de vue sportif, c'est aussi totalement légitime : l'Argentine, qui est un immense pays de foot, n'a plus organisé de Mondial depuis plus de quarante ans, tandis que le Paraguay ne l'a pour sa part jamais accueilli. Après d'un point de vue environnemental, on n'est clairement pas dans une logique d'événement soutenable. Mais avec 48 équipes, la FIFA n'a pas vraiment fait le choix de la décroissance, et il va devenir de plus en plus compliqué de trouver des pays capables d'organiser seuls un tel tournoi : le Brésil avait fait face à un vaste mouvement de fronde populaire en 2014 en raison du coût démesuré de la compétition. De ce point de vue, le partage des frais est peut-être socialement plus acceptable.


Propos recueillis par Julien Legalle

Comments


Posts Récents
Archives
Rechercher par Tags
bottom of page