Rencontre avec l'artiste SLip !
- Julien Legalle
- 29 mars 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 sept. 2023
Avec Double Double, l'artiste SLip mêle gestes mythiques de la NBA et tableaux de maîtres. Rencontre.

Je crois que vous avez déjà fait l'expo Auréole sur le football. Comment est née Double Double qui mêle cette fois NBA et toiles de grands maîtres ?
Vous avez tout à fait raison. En 2018 pour la Coupe du Monde, j’ai travaillé sur un projet d’exposition. L’idée de départ était de se demander ce qu’aurait été le monde si le football avait accompagné l’évolution des civilisations. J’avais trouvé ça pertinent à l’époque de travailler sur les traces qu’aurait laissé ce sport dans les œuvres d’art.
La création a commencé au cours de l’année 2017 et en parallèle de cette exposition pour laquelle j’avais une dead-line, j’ai commencé à décliner ça sur le basket presque par hasard en tombant sur des œuvres que j’ai associé à la balle orange à cause des attitudes des personnages notamment. Cela m’a pris 4 ans pour enfin avoir l’opportunité de montrer le travail réalisé autour du basket.
Quel est votre lien au sport et plus particulièrement au basket ?
Depuis tout petit, j’ai eu un rapport intense avec le sport. Mes premiers pas se sont faits autour du terrain de foot où jouait mon père et j’ai pratiqué intensément (mais très modestement) de nombreux sports pendant mon enfance. Depuis, le sport rythme mes journées que ce soit pour pratiquer, pour le suivre en tant que spectateur ou pour créer autour du sport.

Long is the Road
Pouvez-vous nous expliquer comment vous travaillez ? Qu’est-ce qui déclenche la création ? L’inspiration d’un collage vient-elle d’abord d’une scène de basket ou de la scène artistique ?
D’une manière générale, je crée lorsque j’ai une histoire à raconter. Pour Double Double, l’idée de base était de retracer la mythologie que je m’étais construite lors de mon adolescence autour de la NBA. À la manière de la religion, je m’étais construit un monde autour des joueurs iconiques, des moments de gloire, des équipes mythiques ou des anecdotes marquantes … Ce sont ces faits ou ces joueurs dont j’ai voulu me souvenir pour cette exposition. J’avais donc à ma disposition tout un tas d’histoires en tête et je me suis lancé ensuite à la recherche de tableaux qui pourraient me permettre de les raconter. J’ai parcouru des listes infinies de tableaux en recherchant des personnages en situation de basket. Il me fallait notamment des gens aériens, des confrontations. D’une manière générale, les tableaux se sont imposés à moi, en m’évoquant tout de suite LA situation que j’avais en tête. Ensuite, je me suis penché sur l’appropriation des œuvres en intégrant des éléments rendant le détournement plus lisible. Outre l’utilisation des maillots, j’ai intégré des clefs permettant de comprendre la référence. Cette partie technique n’était pas forcément la plus longue mais c’était une phase importante pour que l’aspect esthétique vienne renforcer l’idée de départ.
Le basket, c’est de l’art ?
Ça dépend vraiment qui le pratique :)
A un niveau individuel, la gestuelle, la grâce peuvent intégrer une dimension esthétique puissante à défaut d’être artistique. Par abus de langage, on pourra quand même admettre que voir Jordan s’envoler est un moment d’art rare.
Au niveau collectif, l’exécution d’un système pensé et réalisé à la perfection peut s’apparenter à une forme d’art. On a un but qu’on va atteindre grâce au travail synchronisé de plusieurs personnes. J’ai toujours du mal à me dire que le sport est un art. Pour moi, un art doit apporter une autre vision du monde qui nous entoure et doit nous amener à nous questionner sur un thème.
Comment expliquez-vous que l’art s’intéresse encore trop peu au sport ?
Je trouve qu’il y a eu une évolution très notable à partir de 2005-2010. Avant cette période, à part pour caricaturer Cantona à un rôle de peintre, on n’utilisait jamais le mélange sport/art ni même sport/culture. J’ai toujours trouvé que le sport était une porte d’entrée vers un monde de savoirs. Comme de nombreux enfants des années 80, je pouvais situer Dniepro, Leipzig, savoir qu’en 1978 une junte dirigeait l’Argentine, connaitre les répartitions politiques dans les villes italiennes, etc …
A partir de l’arrivée de So Foot, dans lequel des auteurs, des photographes, des réalisateurs s’exprimaient, on a senti un changement dans les rapports Sport/Culture. Il est devenu acceptable de parler de sport sans se faire catégoriser fanatique. Depuis, il y a eu de plus en plus d’œuvres ayant le sport comme thème central, aussi bien des œuvres littéraires que des pièces cinématographiques. Ça pourrait être encore plus développé mais on va plutôt dans le bon sens pour moi.
Pour terminer, j'imagine que tout le monde vous pose cette même question: d'où vient ce nom d'artiste ?
A la fin des années 90, j'étais dans un studio d'enregistrement avec des amis. On écoutait un morceau où le refrain donnait quelque chose qui ressemblait à SLip de Bain - il s'agit de Ava Adore de Smashing Pumpkins -. Comme je m'appelle Sylvain, mes amis m'ont surnommés comme ça pendant tout l'été. A la fin, "de bain" est parti et SLip est resté.
Propos recueillis par Julien Legalle
Plus d'informations sur : https://www.iamslip.com/doubledouble/
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